Repenser la paix à l’épreuve du fait colonial d’entre-deux-guerres : citoyenneté, répression et mémoires politiques à Madagascar

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Le 4 février 2026, la Chaire et le laboratoire HisTeMé de l’université de Caen Normandie ont proposé une conférence consacrée au mouvement anticolonialiste malgache dans l’entre-deux-guerres, avec Solofo Randrianja, professeur d’histoire à l’université de Toamasina (Madagascar) et une discussion animée par Vincent Bollenot, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Caen Normandie (HisTeMé).

L’enjeu central était de déplacer le regard. Plutôt que de réduire l’anticolonialisme aux indépendances d’après 1945, la conférence a mis en lumière des mobilisations plus précoces, celles des années 1920–1930, qui, à Madagascar, ont souvent consisté à contester un système colonial en s’appuyant sur des principes et institutions revendiqués comme “français” (citoyenneté, droits, égalité), avant un essoufflement au tournant des années 1940.

La Chaire tient à remercier chaleureusement Solofo Randrianja, pour avoir assuré cette conférence et offert au public une lecture à la fois rigoureuse et stimulante des tensions entre mémoire coloniale, expériences de guerre et aspirations à la paix dans l’espace impérial français. La Chaire remercie également Vincent Bollenot, pour la discussion et la mise en perspective de cette intervention.

Solofo Randrianja et Vincent Bollenot lors de la conférence

À partir du cas malgache, la conférence a d’abord rappelé que Madagascar était un royaume internationalement reconnu, sans unification complète, avant la conquête française. Le projet colonial s’est déployé dans un imaginaire impérial (jusqu’aux années 1930, selon les discours de l’époque) qui oscillait entre une rhétorique de « mission » civilisatrice et des représentations déshumanisantes (rumeurs, peurs, stéréotypes). Comprendre ces mécanismes suppose de réviser notre lecture des sources : longtemps dominées par les écrits d’élites (souvent coloniales), elles ont produit une histoire « vue d’en haut ». La conférence a insisté sur l’intérêt d’explorer archives administratives, policières et judiciaires, qui donnent accès à la fabrication concrète de l’ordre colonial : surveillance, inculpations, condamnations, et qualification des opposants comme « anti-français ».

L’anticolonialisme de l’entre-deux-guerres n’apparaît pas comme un bloc homogène. Il se nourrit de trajectoires politiques antérieures (figures royales, résistances locales, révoltes écrasées), mais la Première Guerre mondiale marque une rupture dans les circulations, rencontres en métropole, découverte d’autres milieux sociaux et politisations nouvelles. Les revendications s’expriment alors fréquemment sur le terrain du droit et de l’égalité notamment pas les demandes de citoyenneté, dénonciation du code de l’indigénat, mobilisation de la presse, des réseaux militants et des procès. Un épisode marquant (19 mai 1929) illustre cette dynamique. Une manifestation à Tananarive réclame la citoyenneté française pour tous les Malgaches, montrant que la contestation peut viser le système colonial tout en s’appuyant sur ses promesses universalistes.

Enfin, la conférence a souligné les limites et fragilités de ces mobilisations : répression, coûts sociaux (amendes, prison), tensions dans les alliances politiques et contexte international (pacte germano-soviétique, montée des nationalismes, proximité de la guerre). Autant d’éléments qui éclairent, dans une perspective de « paix », la manière dont l’injustice institutionnalisée et la fermeture du droit peuvent transformer des revendications réformistes en conflictualités plus profondes.

Visionnez l’intégralité de la conférence ci-dessous :

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