La frontière au service de la paix ? Retour sur la 24e Université de la Paix

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Du 15 au 19 juin 2026, la Chaire UNESCO et l’Institut international des droits de l’Homme et de la paix ont organisé la 24e édition de l’Université de la Paix à l’université de Caen Normandie. Consacrée cette année à la question « La frontière au service de la paix ? », cette école d’été a réuni étudiants, jeunes professionnels et participants internationaux autour d’une semaine de réflexion pluridisciplinaire croisant droit, histoire, relations internationales, neurosciences et sciences politiques.

Penser la frontière : entre héritages historiques, neuropsychologiques et constructions contemporaines

L’Université de la Paix s’est ouverte par une réflexion historique sur la notion de frontière grâce à l’intervention d’Alix Profit, maître de conférences en Histoire du droit et des institutions à l’université de Caen Normandie (ICREJ). Hervé Platel, professeur de neuropsychologie et directeur du laboratoire NIMH à l’université de Caen Normandie (NIMH), a ensuite apporté un éclairage original sur les mécanismes de la mémoire et leur rôle dans la compréhension des conflits et de leur transmission.

Les participants ont également exploré les recompositions territoriales issues de la Première Guerre mondiale avec Jean-Michel Guieu, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université Panthéon-Sorbonne (Paris I), avant d’aborder les enjeux contemporains de la représentation des frontières à travers les interventions de Jean-Bernard Cazalets, Rédacteur en chef délégué chez Ouest France et chargé de mission auprès de l’ASPDH et Benoist Chippaux, chargé de projets formation à l’IIDHP, consacrées aux médias, à l’information et à la lutte contre la désinformation.

Ces premières conférences ont permis de rappeler que la frontière ne constitue pas seulement une limite géographique, mais également une construction politique, juridique et symbolique dont les effets se déploient sur le long terme.

Alix Profit
Hervé Platel
Jean-Michel Guieu

Les frontières à l’épreuve des mobilités humaines

La deuxième journée a été consacrée à l’expérience humaine des frontières. L’intervention de Romain Chasles, doctorant en Histoire contemporaine et Science Politique à l’Université de Lausanne (CRHIM), a montré comment les espaces frontaliers peuvent être à la fois des lieux de domination, de circulation et de recomposition des rapports sociaux, notamment dans les contextes coloniaux et postcoloniaux.

Les questions migratoires et les déplacements de populations ont ensuite été abordés par Catherine-Amélie Chassin, professeur de droit public à l’université de Caen Normandie (ICREJ) et Dzovinar Kévonian, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Caen Normandie (HisTeMé), qui ont apporté des éclairages complémentaires sur le droit d’asile, la protection internationale des réfugiés et l’histoire des migrations forcées.

Enfin, Lorna Turnbull, professeur de droit à l’Université du Manitoba, a offert une perspective canadienne en interrogeant les liens entre frontières, peuples autochtones, droits linguistiques et processus de réconciliation, illustrant la manière dont les frontières peuvent aussi devenir des espaces de reconnaissance et de dialogue.

Dzovinar Kévonian et Catherine-Amélie Chassin

Frontières, diplomatie et gouvernance internationale

Les enjeux diplomatiques et géopolitiques ont constitué un autre temps fort de cette édition. Stéphane Leclerc, maître de conférences HDR en droit public à l’université de Caen Normandie (ICREJ), a ainsi analysé les dynamiques d’élargissement de l’Union européenne et leurs implications pour la définition des frontières européennes, tandis qu’Aurélie Tardieu, maître de conférences en droit public à l’université de Caen Normandie (ICREJ), s’est intéressée aux détroits et aux frontières maritimes comme espaces de circulation, de souveraineté et de coopération.

Les participants ont également pu réfléchir aux nouvelles formes de frontières liées aux enjeux numériques et technologiques grâce à l’intervention de Sandrine Turgis, maître de conférences en droit public à l’Université de Rennes I, sur l’articulation entre numérique, intelligence artificielle et droits humains.

Cette réflexion a été prolongée par un exercice de simulation du Conseil de sécurité des Nations unies (Model United Nations), permettant aux participants de se confronter concrètement aux mécanismes de la négociation internationale et à la complexité des décisions diplomatiques.

Stéphane Leclerc

L’hybridation des frontières dans un monde en mutation

Les conférences du jeudi ont mis en évidence les multiples formes d’hybridation des frontières contemporaines. Aurélie Tardieu a ouvert la réflexion en abordant la question de la haute mer comme espace à la fois ouvert et encadré par le droit international. Fiona Schnell, directrice générale de l’IIDHP, a ensuite proposé un éclairage complémentaire sur les mutations contemporaines des espaces frontaliers. Zérah Brémond, maître de conférences en droit public à l’Université de Pau et Pays Audour, a consacré son intervention aux peuples autochtones transfrontaliers.

Camille Bordère, maître de conférences en droit public à l’université de Caen Normandie (ICREJ), a ensuite interrogé les frontières émergentes liées au développement de l’intelligence artificielle et aux transformations numériques de nos sociétés, sur la thématique « À la frontière d’une nouvelle civilisation. Fixer la limite entre acceptable et inacceptable à l’ère de l’IA ».

Cette réflexion a également été enrichie par l’intervention d’Éric Lair, professeur et directeur du Laboratoire Violence et Paix à l’Université UNIMINUTO, Bogota, qui a apporté un éclairage complémentaire sur les dynamiques contemporaines des espaces frontaliers. Catherine Kessedjian, professeur émérite de droit de l’Université Panthéon-Assas, Paris II, a ensuite montré en quoi le droit international privé constitue un véritable « droit des frontières » dans un monde globalisé.

Éric Lair
Armelle Gosselin-Gorand et Catherine Kessedjian

Cette journée s’est également poursuivie par une visite du Mémorial de Caen, offrant aux participants l’occasion de prolonger leurs réflexions sur les conflits, la mémoire et la construction de la paix.

Imaginer les frontières de demain

La dernière journée a ouvert une réflexion prospective sur les frontières du futur. Sébastien Trives, vice-directeur d’Acted, a présenté les enjeux auxquels sont confrontés les acteurs humanitaires dans des espaces marqués par les conflits, les déplacements forcés et les crises internationales.

Serge Sur, professeur émérite de droit à l’Université Panthéon-Assas, Paris II, a quant à lui proposé une analyse des frontières en droit international et dans les relations internationales, soulignant leur permanence mais aussi leur constante transformation.

Catherine-Amélie Chassin, Serge Sur et Armelle Gosselin-Gorand

Les participants ont enfin pris part à l’activité Raid Cross, développée par la Croix-Rouge, qui les a confrontés à des situations inspirées des réalités humanitaires contemporaines. Cet exercice a permis de mettre en pratique les connaissances acquises tout au long de la semaine tout en sensibilisant aux conséquences humaines des conflits armés.

Une promotion internationale et des échanges ouverts à la communauté universitaire

Cette 24e édition de l’Université de la Paix a réuni une vingtaine de participants aux profils variés, mêlant étudiants, doctorants et jeunes professionnels engagés ou intéressés par les enjeux contemporains de paix. La diversité des parcours s’est accompagnée d’une véritable ouverture internationale, avec la participation de représentants de plusieurs pays, notamment du Togo, du Canada et de Madagascar, favorisant des échanges particulièrement riches sur les différentes perceptions et expériences des frontières à travers le monde.

Au-delà du groupe de participants inscrits à l’école d’été, plusieurs conférences ont également attiré de nombreux étudiants de l’UFR de Droit, AES et Administration publique de l’université de Caen Normandie. Des étudiants de la licence au master, issus du droit privé, du droit public ou encore du droit international, ont ainsi pu prendre part aux réflexions menées tout au long de la semaine et enrichir les débats par leurs questions et leurs expériences.

Une réflexion collective au service de la paix

Loin de se limiter à une ligne de séparation, la frontière est apparue tout au long de la semaine comme un objet complexe, à la croisée des enjeux historiques, juridiques, politiques, cognitifs et humains. Les débats ont ainsi montré qu’elle peut constituer tout à la fois un facteur de tensions, un outil de protection, un espace de coopération et un levier de construction de la paix.

C’est en ce sens que cette Université de la Paix a pleinement contribué aux objectifs portés par UNESCO, visant à comprendre les mécanismes de prévention des conflits et à promouvoir les conditions d’une paix durable grâce à une approche pluridisciplinaire associant droit, histoire et neurosciences.

La Chaire UNESCO « Mémoire et avenir de la paix » et l’Institut international des droits de l’Homme et de la paix remercient l’ensemble des intervenants, des participants et des partenaires qui ont contribué au succès de cette 24e édition de l’Université de la Paix.

Visualisez ci-dessous le programme de cette édition 2026.

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