Le lundi 16 février 2026, la Chaire a organisé la conférence « Trump et le Groenland : regards croisés de droit international et européen ». Cette rencontre, animée par Catherine-Amélie Chassin, professeur de droit public (ICREJ), et Stéphane Leclerc, Maître de conférences HDR en droit public (ICREJ), a proposé une analyse juridique des débats suscités par les déclarations de Donald Trump concernant une éventuelle acquisition du Groenland, en interrogeant les enjeux contemporains de souveraineté et de droit international.

L’intérêt américain pour le Groenland ne constitue pas un phénomène récent. Dès le XIXᵉ siècle, après l’achat de l’Alaska à la Russie en 1867, les États-Unis envisagent déjà l’acquisition du territoire groenlandais. Cette ambition s’explique notamment par l’importance stratégique du passage maritime situé entre l’Islande, le Groenland et le Royaume-Uni, connu sous le nom de GIUK gap, considéré depuis longtemps comme un point clé pour la sécurité militaire dans l’Atlantique Nord.
Durant la Seconde Guerre mondiale, le Groenland devient un espace stratégique majeur. Un accord conclu en 1941 entre le Danemark et les États-Unis autorise l’installation de bases militaires américaines sur ce territoire afin de surveiller l’Atlantique et de contrer la présence nazie. Cette présence militaire se poursuit après la guerre et se consolide dans le cadre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). L’accord bilatéral de 1951 prévoit notamment la création de zones de défense au Groenland, tout en maintenant la souveraineté danoise. L’exemple de l’ouverture de la base de Thulé en 1953 illustre l’importance militaire du territoire, bien que certains événements, comme l’accident d’un bombardier américain transportant des armes nucléaires en 1968, aient suscité des controverses importantes.
Plus récemment, l’intérêt des États-Unis pour le Groenland s’est manifesté de manière particulièrement visible sous la présidence de Donald Trump. Lors de son premier mandat en 2019, l’ancien président américain évoque publiquement la possibilité d’acheter le territoire au Danemark, provoquant des tensions diplomatiques. Cette idée réapparaît en 2025, accompagnée d’un discours insistant sur l’importance stratégique du Groenland pour la sécurité mondiale.
D’un point de vue juridique, la question de l’achat d’un territoire n’est pas, en soi, incompatible avec le droit international. Historiquement, les États-Unis ont étendu leur territoire par plusieurs acquisitions fondées sur des traités bilatéraux. Toutefois, une telle hypothèse soulève aujourd’hui des interrogations majeures relatives au droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et à la protection des droits des populations concernées. Le Groenland compte environ 57 000 habitants et dispose de ressources naturelles considérables, notamment en hydrocarbures et en minerais rares, ce qui renforce les enjeux économiques et stratégiques autour de ce territoire.
La situation du Groenland présente également une dimension européenne particulière. Ancien membre des Communautés européennes aux côtés du Danemark, le territoire a choisi de s’en retirer à la suite d’un référendum, décision entrée en vigueur en 1985. Il conserve néanmoins un statut spécifique en tant que pays et territoire d’outre-mer (PTOM), ce qui lui permet de maintenir des relations privilégiées avec l’Union européenne tout en bénéficiant de certaines politiques de coopération et de développement.
Face aux déclarations américaines et aux tensions diplomatiques, les Européens ont adopté une stratégie progressive. Après une réaction diplomatique initialement prudente, certains dirigeants européens ont évoqué la possibilité de recourir à des instruments économiques et commerciaux de l’Union européenne, notamment le mécanisme anti-coercition adopté en 2023. Cet outil, parfois qualifié de « bazooka économique », permet à l’Union de répondre à des pressions économiques exercées par des puissances étrangères.
Par ailleurs, la question de l’indépendance du Groenland demeure ouverte. Depuis la loi d’autonomie de 2009, le territoire dispose théoriquement de la possibilité de déclarer son indépendance vis-à-vis du Danemark. Toutefois, une telle perspective suscite des interrogations au sein de la population, notamment en raison des enjeux économiques et institutionnels qu’elle impliquerait.

À travers cette conférence, les étudiants ont pu mieux comprendre les multiples dimensions des enjeux touchant au territoire du Groenland, située à la croisée du droit international, du droit européen et des relations internationales contemporaines. L’étude de ce cas illustre la manière dont les enjeux juridiques, stratégiques et économiques se combinent dans les débats géopolitiques actuels, révélant l’importance croissante de l’Arctique dans l’équilibre des puissances mondiales.
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